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PORTRAIT D’UN POÈTE CONTEMPORAIN |
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a quarantaine
c’est, plus que son âge, son état. Une grandeur
tempérée, un peu trop. À l’entour de l’il
gris et or, les paupières manquent de cils et les sourcils
tiennent du porc-épic à travers la couleur paille par
endroits. Un nez large et long comme un chenal à la renverse
creuse les joues qu’un levain semble travailler. Et les mains
pataudes, les doigts gourds, le ventre en mentonnière ;
la séduction dans les chaussettes ! Pourtant une femme
se sent parfois comprise, protégée par cet homme étrange ;
car c’est un immobile, un peu fou comme tous les possédés
de quoi ? Pareil à tous, il est unique. La contradiction
est son cancer. Tandis qu’il cherche aveuglément et sans
force le bonheur, quelqu’un surgit-il, le cur en croc,
il se rétracte. Il attend toujours plus, sans savoir quoi.
Nulle part il n’est présent tout entier, ni disponible.
Comme le temps, il coule. Hébété, il fixe les
années. Presque rien de ce qu’il a vécu ne l’élève
au-dessus de lui-même. Sa mémoire est une fosse. Et ce
qu’il lui resterait à découvrir, peut-être
une nébuleuse, l’atteindra-t-il jamais ? Il
est lui-même une chimère, malgré des humeurs et
un désir tel que, si la solitude le pousse dans le dos, la
mort bientôt l’agite. Cependant il se dilue, devient rien.
Adieu, poète ! [La Vie crépusculaire, Cheyne, 1996] |
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