Albrecht Dürer

Première communion

 

Le fleuve au loin s’enfuit – sans faire un pas.
Un couple, mains nues, loin des lampadaires,
Ressuscite, à l’épuiser, une douceur des lèvres.
Les yeux se ferment, le sol s’ouvre. Un talon
 
Cherche le salut. Tout ce qu’avait tenu l’enfant
Devant la Vierge sans visage, les bras levés,
Les pieds dans les siens tout à coup croisés,
Tombe, s’efface, disparaît. La lumière ne vient
 
Plus du ciel, ni la chaleur. Le cœur se multiplie.
L’heure tient à un souffle, un cheveu. L’amour
Naissant fait table rase de tout ce qui l’ignore.
 
La vie tressaute, une amulette entre les doigts.
Nul n’est plus que l’aimé que l’attente emporte.
De cet instant-là, chacun respire pour mourir.
 

[Des jours de pleine terre, à paraître]