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© Serge Martinez
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MÉTAMORPHOSE
DE LA TERREUR
À Liliane Tuetey
’hiver s’éternisait.
Le malheur grossissait dans les fourneaux. On n’osait plus faire
un pas dehors. Le gel cabrait la terre et tous ses habitants, du moins
sur le village. Mais le printemps surgit. Nul ne l’attendait plus.
Des enfants étaient morts. Les bêtes avaient raclé
de leurs sabots le pavé des étables. Elles avaient arraché
le bois des râteliers. Quelques jours suffirent. La terre se réchauffa.
Des fleurs risquèrent une corolle. Des feuilles coururent au bout
des branches noires et se démesurèrent. Le lait revint.
La joie se redressa. L’amour fut de nouveau possible à la
fontaine, aux sentes innombrables. On quittait les greniers vides ;
on déboulait dans la lumière. Un cancer reculait, dont on
avait cru ce siècle une fois de plus saisi. Et l’on chanta.
L’église restait fermée, mais les maisons s’ouvraient.
Le sourd silence évacué, l’avenir se remettait en
marche.
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