TIAN’AN MEN, 1989

Autres poèmes de Pierre Perrin

« Le loup qui comprend l’agneau est perdu, mourra de faim, n’aura pas compris l’agneau, se sera mépris sur le loup… et presque tout lui reste à connaître sur l’être. »
Henri Michaux,
Poteaux d’angle, Gallimard 1981

Sur la porte de la Paix céleste, aux étudiants de Mao


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V

os bouches, sur la grand-place, soulevaient le bâillon.
Sous les tilleuls de France, en mai et juin, cette année-là,
Le ciel, par-delà l’Himalaya, retransmettait votre révolte
À mains levées, sans arme entre les dents qu’un sourire.

Mais en croix devant un tank, au pas, l’espoir se brouille.
Les chenilles écrabouillent, l’armée fauche les incrédules.
L’écran vide, la place grise, les procès claquent au secret.
Pas de bombes. – Les droits de l’homme n’ont pas cillé.

Si chaque homme qu’on abat ensanglante l’espèce,
Les sanglots n’y font rien. C’est à peine si la honte
Éclaire les enfants. On se dit : je n’oublierai jamais.
L’horreur recommence. Les morts se taisent, profond.

C’est eux qu’on oublie les premiers, toujours, partout.

Pierre Perrin, inédit

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